Pourquoi écrire un ouvrage ? Après avoir donné quelques conseils sur comment écrire, voici quelques éléments de Pourquoi.
Écrire pour créer
A mon humble avis, la raison numéro un d’écrire, c’est de créer, et elle est souvent inconsciente. C’est une raison très motivante lorsqu’il s’agit d’écrire un roman, un recueil de nouvelles, ou des poèmes, et très utile lorsqu’il s’agit d’écrire et de publier des ouvrages scientifiques et techniques. Utile, certes, mais très insuffisante, comme nous le verrons …
Écrire pour être lu
J’écris énormément. J’écris abondamment. Cela fait partie de mon métier. Lors de ma dernière mission, j’ai déjà pris 143 pages de notes manuscrites au format A5, j’ai rédigé un document de concept de 30 pages et un cahier des charges de 70 pages. L’écriture est mon quotidien, mais ce n’est pas de cette écriture-là que je veux parler ici. Je veux parler de l’écriture d’un ouvrage vendu en librairie.
Il y a écrire et écrire. La destination fait toute la différence. Les notes, c’est pour moi seul. Le cahier des charges, c’est pour mon client. Un livre de librairie sera lu par des inconnus. Par des gens qui pour la plupart ne m’ont jamais vu. L’écart est gigantesque.
Lorsque vous vous vous dites « Je veux écrire un livre », vous sous-entendez « Je veux écrire pour être publié », et cela sous-entend « je veux être publié pour être lu ». Cela doit être très clair dans votre esprit, car sinon vous glisserez irrémédiablement sur une pente savonneuse : Puisqu’aucun éditeur ne veut de vous, vous vous retournerez vers l’autoédition, ou pire, vers l’édition à compte d’auteur. Le but initial, qui était de toucher des lecteurs hors de votre cercle de connaissances, deviendra un lointain souvenir …
En revanche, soyons réalistes. Être lu ne signifie pas avoir des millions de lecteurs, devenir riche et vous payer la villa de vos rêves. Redescendons sur terre. Si vous êtes lu par quelques centaines de personnes, c’est déjà bien. Compter sur vos droits d’auteur pour retaper votre maison de campagne, voire rembourser vos dettes, est une très mauvaise idée. Je me permets d’insister sur ce point car je rencontre tous les jours des gens qui veulent écrire pour gagner de l’argent. Si vous gagnez de l’argent, c’est un bonus. Ce n’est pas le premier but.
Personnellement, je considère mes droit d’auteur comme de l’argent de poche. Certaines années, je peux me payer un restaurant étoilé, un weekend dans un château, voire un voyage à Zanzibar, mais je ne compte pas sur mes livres pour payer mon loyer.
Développer, structurer, modéliser et apprendre
Une des meilleures manières d’apprendre est d’enseigner. Une autre est d’écrire. Comme l’enseignement, l’écriture vous force à lire beaucoup, en ayant à l’esprit un but à atteindre. On prend des notes, on reformule, on retourne les concepts dans tous les sens, on trie les idées. De ce fait, on mémorise mieux, on apprend mieux.
Vous êtes face à vos lecteurs. Vos lecteurs n’ont pas votre niveau d’expertise, sinon ils n’achèteraient pas votre livre. Vous devez donc être clair. Cet exercice, rendre clair ce qui ne l’était pas, est extrêmement formateur. Une des sources du plaisir d’écrire est pour moi cette clarté qui jaillit dans mon esprit après des heures, des semaines, des mois de réflexion et de lecture d’ouvrages.
Vous êtes face à vos lecteurs. Ils n’ont pas de temps à perdre. Vous devez être concis. Sinon, autant leur donner trois pages de bibliographie et leur demander de s’y reporter. Écrire, c’est synthétiser un concept. Exercice difficile et salutaire. Après deux heures d’écriture, je me sens comme après deux heures de sport. Fatigué et heureux. La synthèse, c’est du sport.
Vous êtes face à vos lecteurs. Ce que vous écrivez doit être correct. Vos lecteurs vous jugent. Les inexactitudes, les approximations n’ont rien à faire dans votre livre.
Vous êtes face à vos lecteurs. Un livre est un tout. Il doit être complet. Si votre lecteur finit votre livre avec un sentiment de frustration, vous aurez raté votre but.
Vous êtes face à vos lecteurs. Ce qu’ils ont lu à la page 8 de votre livre doit être conforme avec ce qu’ils liront en page 173. Les ambiguïtés, les contradictions, les doubles sens doivent être éliminés de votre ouvrage. Il doit être cohérent.
Clair, concis, correct, complet et cohérent. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Oui, les 5C de Constantinidis.
Oui, je sais, l’idée des « 5C » n’est pas de moi. Je me la suis appropriée. Déclinée dans tous les sens dans chacun de mes ouvrages. Décrite et décortiquée. Écrire, c’est aussi emprunter les idées des autres, et les mettre à sa propre sauce. Il ne s’agit pas de plagier ou de copier-coller. Il s’agit de prendre, d’innover et de restituer.
Se faire connaître
Quand vous aurez les idées claires, que vous aurez créé un modèle, que vous aurez structuré vos idées, alors vous aurez une bonne raison d’écrire : vous faire connaître. Il est irréaliste de vouloir toucher des centaines de milliers de lecteurs. Mais être suivi par quelques centaines est légitime … est très gratifiant.
Quand je constate qu’un de mes ouvrages est cité par une université québecoise ou par un universitaire africain, j’ai créé un lien, au-delà de la distance qui nous sépare. Quand je rencontre quelqu’un qui me dit « J’ai lu ton livre, il m’a été très utile », j’éprouve du bonheur. Quand un de mes lecteurs me cite sur LinkedIn, cela me va droit au cœur.
Êtes vous prêt à écrire ?
Certains amis ou collègues me disent « j’ai envie d’écrire, mais je me tâte … je ne sais pas par où commencer ». Êtes-vous prêt à devenir auteur d’ouvrage ? Voici quelques tests …
Savez-vous écrire un petit article ? Cela paraît évident mais certains auteurs en herbe, aveuglés par leur désir d’écrire, ne daignent pas faire ce test : arrivez-vous à écrire et à publier un article de deux pages ? Oui ? alors essayez un article de cinq pages sur le même thème. C’est toujours OK ? Alors essayez un article de quinze pages. Et là, vous aurez des arguments pour contacter un éditeur et vous sentirez prêt à attaquer à un ouvrage de librairie.
Avez-vous du temps ? Écrire est très chronophage, et la manière dont on utilise le temps disponible est très variable selon les auteurs. Certains consacrent une heure par jour, sept jours par semaine, pendant dix-huit mois d’affilée, d’autres y passent une journée entière de temps en temps, d’autres encore ne prennent un mois de congés pour écrire un livre de bout en bout. Il est important de connaître notre rythme d’écriture, c’est notre principal contrainte. La contrainte intérieure, c’est le rythme qui nous convient le mieux. La contrainte extérieure, c’est le temps qui nous est laissé après nos obligations professionnelles, familiales et sociales. Les deux doivent s’accorder.
Est-ce un exercice difficile ? J’ai beaucoup de facilité à écrire, et mes éditeurs m’ont dit que j’ai une bonne plume. Et j’en profite. Mais une chose est sûre : écrire un ouvrage en librairie, ou même un article sur LinkedIn, est difficile. Si c’est facile, c’est qu’il y a une faille quelque part. Écrire doit être un challenge, sinon le sujet ne mérite pas un livre. Alors voici un test, et tant pis si je passe pour un moralisateur : Si c’est trop facile à écrire, c’est que vous n’avez rien d’intéressant à exprimer. Si c’est trop facile à écrire, c’est que vous êtes encore dans la banalité. Personnellement, j’ai beau avoir la plume facile, après avoir écrit cet article, je suis patraque. Voilà la vérité.
Un dernier mot à ceux qui souhaitent écrire
Oui, vous l’avez deviné. Ce texte a été entièrement composé par une intelligence artificielle. La mienne. Artificielle, parce que je ne suis pas venu au monde avec mes connaissances, mes compétences, mes idées, mes concepts. Ils ont été fabriqués, inculqués, digérés, méthodiquement travaillés et mûris pendant des décennies. Alors oui, je peux compter sur mes 86 milliards de neurones pour écrire un texte sur LinkedIn. Je n’ai besoin de rien de plus.